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Entretien avec un bénévole en médiation animale : apports pour l’humain et l’animal

Par Maxime
5 minutes

Quand l’animal soigne le lien : immersion auprès d’un bénévole en médiation animale


Les chiens, chats, lapins ou chevaux qui s’invitent en maisons de retraite, en hôpitaux, en IME ou auprès de publics fragilisés ne sont pas de simples visiteurs. Ils incarnent le cœur d’une pratique en pleine expansion : la médiation animale, aussi appelée zoothérapie. Rencontre avec Martin, bénévole expérimenté et membre actif de la communauté toutpourlesanimaux.fr, qui nous livre son quotidien au sein d’une association partenaire d'établissements médico-sociaux.


La médiation animale, c’est quoi concrètement ?


C’est avant tout une rencontre : celle entre un animal, son accompagnant (le médiateur ou le bénévole) et une personne bénéficiaire. L’objectif ? Proposer des moments d’échange pour éveiller, apaiser, stimuler ou tout simplement apporter du réconfort par le biais du contact animalier. “On ne vient jamais pour faire ‘beau’ ou juste distraire. Notre intervention est encadrée, ajustée aux besoins et toujours en lien avec une équipe éducative ou soignante”, précise Martin.


En pratique, cela prend la forme d’activités variées : jeux, caresses, promenades, ateliers sensoriels… Avec des animaux sélectionnés pour leur douceur, éduqués à supporter le bruit, les gestes parfois brusques ou maladroits, la proximité humaine souvent inhabituelle.


Qui sont les bénéficiaires ?


  • Enfants porteurs de handicap (autisme, troubles moteurs ou cognitifs)
  • Personnes âgées en perte d’autonomie ou atteintes de troubles neurodégénératifs (Alzheimer, Parkinson…)
  • Patients hospitalisés sur de longues périodes
  • Personnes en situation d’exclusion sociale (centres d’hébergement, foyers…)

“On propose aussi des séances dans des écoles pour sensibiliser au respect animal, ou parfois en prison, pour travailler sur l’empathie et la gestion des émotions”, ajoute Martin.


Comment devient-on bénévole en médiation animale ?


Si la médiation professionnelle réclame aujourd’hui des formations pointues, le bénévolat demeure accessible aux passionnés, pourvu qu’ils s’engagent dans un parcours d’apprentissage exigeant. “On ne débarque pas avec son chien sur simple envie ! Une association sérieuse impose plusieurs étapes : sélection du binôme homme-animal, adaptation de l’animal, formation en éthologie, règles d’hygiène et de sécurité, gestion du stress…”, détaille Martin. Chaque compagnon est évalué par un référent en comportement, et les séances sont systématiquement supervisées.


  • Sensibilisation à la communication animale
  • Mise à niveau sur les protocoles sanitaires
  • Analyse des situations à risques et respect du bien-être animal

“Mon vieux golden retriever, Jazz, a suivi ce parcours. On nous apprend aussi à repérer les signes de fatigue ou d’inconfort pour ne jamais forcer une situation.”


L'impact sur les bénéficiaires : plus qu'un sourire


“Dans nos ateliers, le simple fait de caresser un animal, de le brosser, de partager son attention, ça modifie l’humeur, la concentration. Chez un enfant non verbal, on peut obtenir une réaction, un sourire, un mot. Chez une personne âgée dépressive, la mémoire revient parfois : ‘j’avais un chien, jeune !’. L’animal agit comme un ‘facilitateur émotionnel’, il libère et restaure la confiance.”


Côté chiffres, plusieurs études montrent une baisse mesurée du stress physiologique (diminution du taux de cortisol, du rythme cardiaque chez les participants), une amélioration de l’estime de soi, un effet positif sur la socialisation. Martin raconte :


“Un jour, dans un Ehpad, une résidente qui ne parlait plus du tout a demandé à tenir Jazz par la laisse… Tous les soignants étaient émus, c’était une première en six mois.”

Quels bénéfices… et quels risques pour l’animal ?


La question du bien-être animal est centrale. “Jazz n’est pas un ‘outil’ ni une ‘thérapie’. Il doit rester acteur volontaire de la séance. S’il montre de la fatigue, on s’arrête, c’est non négociable”, martèle Martin. Les animaux, chiens le plus souvent, mais aussi chats, lapins, cochons d’Inde ou même ânes, profitent d’un rythme très encadré : “1h max, jamais plus de trois séances par semaine, pauses régulières. Les trajets, les lieux, tout est anticipé. Après chaque intervention, place au repos et au jeu pour qu’il décompresse.”


  • Contrôle vétérinaire régulier
  • Respect strict de la vaccination et des traitements antiparasitaires
  • Droit absolu à refuser l’activité (si l’animal se cache, évite, baille ou tourne la tête : la séance est suspendue)

“Sur la durée, c’est très enrichissant pour Jazz : il découvre de nouveaux environnements, il reçoit énormément d’affection, il apprend à s’adapter. Mais il faut rester vigilant : tous les animaux ne sont pas faits pour ce type d'expérience.”


Une journée type en médiation animale : immersion


  1. Préparation du matériel (laisse, friandises, carnet de suivi, savon hydroalcoolique)
  2. Accueil en établissement, présentation de l’animal, temps de silence ou d’observation (“Parfois il faut dix minutes avant qu’un participant ose s’approcher”)
  3. Déroulé de la séance : ateliers moteurs (lancer la balle, brosser, nourrir), jeux de mémorisation ou de parole (“Raconte-moi ton meilleur souvenir avec un animal”), séances individuelles ou collectives
  4. Débriefing avec l’équipe éducative : ce qui a fonctionné, ce qui peut être ajusté
  5. Retour au calme pour l’animal, bilan du ressenti de chacun

La routine vise la réassurance et la sécurité, garantissant un cadre toujours bienveillant.


Des obstacles et des freins encore présents


Toutes les structures ne sont pas prêtes à intégrer la médiation animale : “questions d’hygiène, allergies, crainte des morsures, manque de connaissance. Mais les mentalités évoluent : quand on voit les sourires générés et les progrès documentés, les freins tombent petit à petit !”


Le financement des associations reste aussi aléatoire : “La plupart des bénévoles paient eux-mêmes déplacements, formation, équipement. Certaines collectivités commencent à offrir un soutien, mais on est encore loin d’un déploiement national.”


Des bénéfices insoupçonnés pour les bénévoles


“La première motivation, c’est le plaisir de partager une passion avec son animal, de voir son impact positif chez les fragiles. On en ressort grandi, surtout quand on participe à des accompagnements de longue durée, à des progrès visibles. Ça renforce la complicité avec son chien ou son chat : on devient vraiment une équipe.”


Les bénévoles échangent aussi beaucoup au sein de la communauté, partagent leurs doutes, leurs réussites, se forment mutuellement (“Un forum d’entraide, c’est indispensable pour ne pas s’isoler ou commettre d’erreur”).


Témoignages de la communauté toutpourlesanimaux.fr


“Ma fille autiste a fait des progrès spectaculaires en socialisation grâce à la médiation avec un petit lapin : c’est plus facile de parler à un animal qu’à un adulte…” — Sophie, Bordeaux

“Je me suis formée au bénévolat après ma retraite. C’est l’expérience la plus humaine que j’aie vécue. On reçoit autant qu’on donne.” — Mireille, Nice

“L’intervenant m’a appris à mieux comprendre mon chat, à repérer ses signaux d’agacement. Pour lui aussi, c’est une source d’éveil !” — Anthony, Lyon

Conseils clés pour s’engager en médiation animale


  • Se renseigner auprès d’associations reconnues et demander à observer une séance
  • Faire évaluer sa relation avec l’animal par un professionnel
  • Accepter que ce n’est pas un loisir, mais un engagement responsable, nécessitant formation et remise en question régulière
  • Privilégier le dialogue avec les équipes éducatives et soignantes
  • Ne jamais négliger les temps de repos et de récompense pour son compagnon

Martin conclut : “Le vrai secret, c’est la patience. Il n’y a pas de miracle, juste des petites victoires partagées à force de douceur. L’essentiel, c’est le respect : de l’animal, du bénéficiaire, du rythme de chacun.”


Pour aller plus loin


La médiation animale est un terrain d’expérimentation enthousiasmant, où chaque binôme homme-animal fait évoluer les pratiques et change le regard sur la fragilité humaine… et animale. Les bénéfices sont mutuels, pour le bénéficiaire comme pour le compagnon à quatre pattes, à condition de s’inscrire dans une démarche sérieuse, encadrée et formatrice.


Pour découvrir des témoignages de terrain, rejoindre des groupes de bénévoles ou consulter nos guides pratiques sur la formation à la médiation animale, rendez-vous dans la rubrique Communauté sur toutpourlesanimaux.fr !

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