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Interview d’une famille d’accueil pour chats : au cœur de l’engagement solidaire

Par Maxime
6 minutes

Vivre la solidarité au quotidien : immersion auprès d'une famille d'accueil pour chats


Loin de la simple adoption, héberger un chat en famille d’accueil représente un engagement singulier et souvent méconnu du grand public. Pourtant, chaque année en France, des milliers de félins trouvent refuge temporaire chez des bénévoles, le temps de guérir d’une blessure, de gagner en confiance ou de patienter jusqu’à leur adoption définitive. Pour toutpourlesanimaux.fr, nous sommes allés à la rencontre de la famille Giraud, installée à Bourges, qui accueille chats et chatons pour une association locale depuis près de six ans. Entre émotions, organisation et astuces pratiques, ils nous ouvrent les portes de leur quotidien.


Un engagement qui naît de l’amour… et du constat d’urgence


Tout commence un été. « À l’époque, nous étions déjà entourés de deux chats de la maison. C’est un appel sur les réseaux pour héberger un chaton trouvé en détresse qui a tout déclenché », se souvient Julie, la maman. « Ce qui devait être temporaire a éveillé quelque chose chez nous : l’envie d’agir concrètement face à la détresse animale que l’on voyait augmenter, surtout à la période des abandon. »


Depuis, la famille – composée de Julie, de son conjoint Sébastien et de leurs deux enfants, adolescents – a accueilli plus de 40 chats, du chaton sociable à l’adulte traumatisé, avec l’appui de l’association Chats sans toit 18. Leur témoignage rappelle la nécessité de relais familiaux pour désengorger les refuges surchargés :


« Sans familles d’accueil, beaucoup de chats seraient euthanasiés ou passeraient des semaines en cage. Nous avons la chance d'offrir un cocon, même temporaire, pour leur éviter cela. » (Sébastien)

Comment fonctionne l’accueil ? Découverte des étapes clés


Devenir famille d’accueil ne s’improvise pas, explique Julie :


  • Un premier contact avec une association locale pour établir son profil, ses disponibilités et l’espace à offrir (nombre de pièces, présence ou non d’enfants et autres animaux, expérience).
  • Une visite à domicile organisée par un bénévole référent afin de s’assurer que l’environnement est sécurisé et adapté (fenêtres, balcon, produits toxiques...).
  • Une convention d’accueil est signée : elle précise ce qui est à la charge de l’association (fraîches vétérinaires, nourriture le plus souvent, conseils) et les obligations de la famille d’accueil (soins quotidiens, suivi social, participation parfois à la communication pour l’adoption).
  • À la réception d’un chat, les échanges sont quotidiens avec l’association : fiche de suivi santé, gestion du calendrier des visites pour les adoptants potentiels, aide à l’éducation de base et socialisation.

« Il y a une vraie équipe autour de nous. Personne n’est jamais seul pour gérer une urgence ou un problème de comportement », assure Julie.


Le quotidien d’une famille d’accueil : entre organisation et imprévus


Chaque arrivée est un nouveau défi, avec sa part d’ajustements : « Certains chats sont très sociables, d’autres sortent de situations de maltraitance ou d’errance prolongée. Il faut parfois accepter qu’ils restent cachés plusieurs jours, gérer des problèmes de propreté, ou gagner leur confiance par de petits gestes », détaille Sébastien.


L’adaptation du lieu de vie est cruciale :

  • Préparer une pièce séparée pour les premiers jours (buanderie, chambre d’amis) :
    • Installation de la litière, coin dodo, gamelles, griffoirs, cachettes douillettes.
    • Limiter l’accès aux autres animaux en phase d’adaptation.
  • Respecter le rythme du chat : éviter les manipulations forcées, multiplier les points d’observation et les cachettes.
  • Maintenir une routine rassurante : horaires de nourriture, jeux adaptés, temps calmes.

Les enfants jouent un rôle clé dans la socialisation : « Ils apportent de la vie, de la voix et de la douceur, mais comprennent vite qu’il faut respecter le temps d’adaptation de chaque nouvel arrivant. »


Zoom sur les difficultés : de la séparation à la gestion du deuil


L’attachement, point souvent redouté, fait partie intégrante de l’expérience. Julie le confie sans détour :


« Oui, c’est dur de voir partir un chat qu’on a sorti de la rue, soigné, parfois nourri au biberon. Mais c’est aussi notre meilleure récompense : le voir partir dans une famille aimante, savoir qu’on a été le tremplin vers un nouveau départ. »

Certaines séparations ravivent cependant un sentiment de vide. Sébastien complète : « On apprend à l’accepter, à en parler en famille. Et souvent… on se console en accueillant un autre protégé qui, à son tour, a cruellement besoin d’un foyer. »


Parfois, des épreuves plus dures marquent les esprits : maladie fulgurante, décès d’un chat fragile… « L’équipe associative reste présente, il y a un vrai accompagnement psychologique », témoigne la famille, qui rappelle l’importance des groupes d’entraide entre familles d’accueil.


Retour d’expérience : conseils concrets pour se lancer


  • Bien se connaître : « Il faut être prêt à ouvrir son foyer, mais aussi accepter l’imprévu. Être flexible dans son organisation et prêt à poser des limites. »
  • Se former : De nombreuses associations proposent des livret d’accueil, réunions ou tutoriels vidéos pour apprendre les bases (sevrage d’un chaton, conduite à tenir en cas de diarrhée, enrichissement de l’environnement...).
  • Oser demander conseil : Prévenir avant d’aggraver une situation, garder une communication fluide avec le référent de l’association.
  • S’impliquer à sa mesure : « Une famille d’accueil peut s’investir ponctuellement l’été comme toute l’année. On peut choisir le profil de chat qu’on accepte (âge, pathologies, sociabilité…). Il n’y a aucune obligation, seulement un engagement moral. »

Le couple insiste aussi sur les aspects moins souvent évoqués :


  • Veiller à la santé de ses propres animaux (vaccination, isolement temporaire lors des arrivées).
  • Être prêt à faire face à quelques dégâts matériels (griffe sur les meubles, pipis hors-litière au tout début...) et à ne pas gronder inutilement : « C’est souvent le signe d’un stress qu’il faut prendre au sérieux et accompagner. »
  • Rester ferme sur les consignes d’adoption : « C’est l’association qui sélectionne la future famille, même si on s’attache énormément. Objectivité et recul sont indispensables. »

Bénéfices inattendus : l’enrichissement de la vie de famille


Au fil des années, toute la famille s’accorde : accueillir des chats « de passage » a rendu leur quotidien plus riche, plus solidaire et plus sensibilisé aux problématiques animales.


« On a appris à observer les animaux, à détecter signes de mal-être ou de bonheur, à relativiser la notion de territoire dans la maison », explique Julie. « Les discussions en famille sur l’éthique, la bienveillance, le respect du vivant se sont multipliées. »


Les enfants, eux, témoignent d’un vrai enrichissement : « On se sent utiles, on a le sentiment d’agir pour une bonne cause. Superviser un chaton apeuré jusqu’à le voir ronronner sur les genoux d’une nouvelle famille, ça donne confiance en soi. »


Checklist pratique : bien débuter en tant que famille d’accueil


  • Contacter plusieurs associations pour cerner sa préférence (profil des chats à accueillir, fonctionnement logistique…)
  • Préparer une pièce dédiée et la sécuriser.
  • Organiser la quarantaine lors de l’arrivée d’un nouvel animal (minimum 7 jours pour limiter le risque de transmission de maladies infectieuses).
  • Demander un kit d’accueil ou anticiper l’achat de matériel de base (litière fermée, gamelles, griffoir, cachette, jouets, couverture lavable).
  • Informer famille/colocataires de la future implication et établir le rythme de partage des soins quotidiens.
  • Chercher une relation de confiance avec les référents associatifs : anticiper les aléas et ne jamais hésiter à demander de l’aide.

Conclusion : la richesse de l’accueil temporaire, pour soi et les chats


De l’avis des Giraud, l’expérience de la famille d’accueil ne se résume ni à la compassion ni à la tristesse des séparations. C’est avant tout une formidable aventure humaine et collective, une preuve que chacun peut agir concrètement en faveur du bien-être animal à son échelle. « Tant qu’il y aura des adoptions à encourager, des abandons à compenser, notre implication aura du sens », concluent-ils en chœur.


Vous souhaitez vous aussi franchir le pas, même seulement pour quelques semaines ? Repérez les associations près de chez vous, informez-vous sur leurs procédures et osez participer, à votre mesure, à cette chaîne de solidarité qui sauve des vies chaque année. Pour plus de conseils pratiques, témoignages et astuces concrètes, rendez-vous dans la rubrique Communauté de www.toutpourlesanimaux.fr !

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